Lapointienne: L’intelligence naturelle ou artificielle pour nos élèves ? Ouvrons grand les yeux
Il était une fois, dans un village situé à quelques mètres de Douala, se trouvait un lycée et pas des moindres. Et dans se trouvait Nicole, une enseignante de français d’une quarantaine à peine. Nicole enseignait dans ce lycée depuis environ 15 années. Seulement ce jour-là, il s’est passé quelque chose de bouleversant qui a donné une autre tournure à la carrière professionnelle de Nicole. L’histoire, je vous la raconte.
Alors, celà fesait 15 années que Nicole passait des nuits blanches à corriger des copies, 15 ans à entendre des adolescents dire qu’un livre de trois pages est « trop long ». 15 ans à essayer de leur apprendre à penser dans un monde qui leur apprend surtout à réagir. 15 ans à forger les cerveaux dans un système casiment pourrit et corrompu. 15 ans à éduquer des enfants gâtés que les parents avaient transformé en rois, dans des royaumes où la morale est bâclée et que la perversion et débauche sont de fidèles compagnons d’une jeunesse empreinte à la drogue et toute sorte de déviance.
En effet, Nicole aimait encore son métier jusqu’à ce jour là. Oui ce matin où tout à chamboulé, ce mardi matin où, en classe de seconde, à 8h du matin, dans une classe de 35 élèves alors qu’elle travaillait depuis des semaines avec ses élèves dans un exposé oral sur le thème basé sur la pensée libre « Parler d’un sujet qui aurait impacté votre vie, celle de votre famille ou d’un proche ».
Elle leur avait tout donné : les consignes, les exemples, les critères de notation, même une heure entière en classe pour préparer. En outre, elle leur avait précisé combien ce travail est important et qu’elle voulait voir leurs réflexions personnelles, leurs implications et même l’émotion dans leurs voix.
Quelques jours après vint le jour des présentations . Pour le premier groupe, deux élèves se lèvent, téléphone en main, on comprends immédiatement qu’ils lisent un texte généré par une intelligence artificielle Waaaah!
Mot pour mot, aucune hésitation, ni tâtonnements encore moins une quelconque émotion.Des phrases parfaites… mais mortes. Ensuite, le deuxième groupe, même scénario. Troisième groupe, pire encore, ils avaient même oublié de retirer la phrase : « Voici une proposition d’exposé adaptée à des élèves de lycée. » La dame regarde ces adolescents, déçue, elle sent quelque chose se casser. Pas à cause de la triche.
La triche a toujours existé. Mais parce que même la honte semblait avoir foutu le camp.
À la pause, elle décida de convoquer toute la classe et leur dit « Soyons honnêtes. Combien d’entre vous ont utilisé une IA pour faire leur exposé ? » Silence. Puis quelques mains se lèvent.
Ensuite d’autres, à la fin, presque toute la classe. Un garçon ira même jusqu’à dire: « Bah… tout le monde le fait. On s’adapte juste à la technologie. En plus le plus important c’est le résultat, non». Un déclaration qui embêta Nicole.
Mais, refusant de laisser ces jeunes camerounais dans la dérive, malgré cette phrase qu’elle considère comme un coup de poignard, la dame prit la décision de tout recommencer mais cette fois, elle interdit téléphone, ordinateur et toute autre utilisation d’IA. Les enfants avaient tellement protesté au point où la dame avait reçu des messages de leurs parents du genre: « Ma fille est anxieuse à l’oral. Cette méthode est brutale. » ; « Vous pénalisez des élèves qui ont simplement utilisé les ressources disponibles. » entre autres. Mais, elle ne lâchera pas prise.
Quelques jours passés et pannnn voilà venu le jour de la restitution. Le premier élève s’avance. Mbanguè, un qui, d’habitude, très insolent, toujours le dernier à travailler. Mbanguè tient sa feuille blanche comme un bouclier et dit: « J’ai choisi de parler de mon grand-père».
Sa voix tremble, il hésite, rougit et cherche les mots. Puis, peu à peu… quelque chose se passe. Les phrases ne sont pas parfaites, il répète certains mots, il perd le fil parfois, mais il parle vraiment.
Il parle du cancer de son grand-père, de la peur de le perdre, du fait qu’il ne lui a jamais dit qu’il l’aimait. Et, la classe entière écoute, sans téléphone, sans rire, ni bouger. Quand il termine, il y a un silence immense,puis quelques applaudissements oui, des vrais. Le jeune Mbanguè retourne à sa place avec les yeux brillants. Et soudain, les autres comprennent.
Ils comprennent qu’ils n’ont pas besoin d’être parfaits. Ils doivent juste être sincères. Finalement, d’autres ont pris la main. Certains parlaient de divorce, de solitude, de harcèlement, de rêves, de peur de l’avenir. Certains bégayaient.
D’autres oubliaient leurs mots, mais aucun n’était faux. À la fin du cours, une élève reste derrière. Mbango, très discrète, excellente élève, toujours irréprochable, regarde la dame et dit doucement : « Madame… c’est la première fois depuis longtemps qu’on parle vraiment entre nous», puis, elle ajoute : « Avec les écrans, on sait tout montrer… sauf nous-mêmes. » Celle ci sentit sa gorge se serrer.
Ce soir-là, aucun parent n’a envoyé de mail. Le lundi suivant, Mbanguè va voir la dame avant le cours et lui dit « Madame…j’ai supprimé l’application que j’utilisais pour faire mes devoirs à ma place». Elle sourit et lui demanda «pourquoi ?». Celui-ci haussa les épaules et répondit: « Parce que vendredi… pour une fois, j’avais l’impression d’être intelligent moi-même» La dame sourit en affichant un air de pari gagné.
Alors vraiment nous sommes conscients des avancées technologiques à l’air où nous sommes. Mais sincèrement, l’abus et le mauvais usage des outils risquent de nous être fatal. Vivement amenons les enfants à travailler à l’intelligence naturelle plutôt qu’avec l’intelligence artificielle ou alors à modérer avec ses outils. L’heure est grave.
Olivier Charly (+237) 691347589

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