Plongeé au cœur de l’histoire et l’héritage du peuple Bankon « Abo »
Au cœur de la région du Littoral camerounais, transperçant les tréfonds du département du Moungo au sein de l’arrondissement de Bonalea, où vit le peuple Bankon.
Plus communément désignés par l’appellation coloniale « Abo », ces Bantous possèdent une identité solidement ancrée dans l’aire culturelle Sawa. Leur territoire s’étend du nord de Douala et irrigue la rivière Abô.
Origines et identité : De Nkon à l’appellation « Abo »
Au singulier Nkon et au pluriel Bankon, leur nom véritable dérive de l’expression locale Ban ba Kon (ou Bana ba Konè), qui signifie « les fils de Konè ». La tradition orale fait remonter leur ancêtre fondateur, Konè, au Soudan antique, l’Éthiopie des anciens. Les Bankon partagent d’ailleurs les liens de parenté directs avec les Barombi, tous deux issus de l’aïeul commun Lombi.
En revanche, le nom « Abo », bien qu’officialisé par l’administration coloniale, repose sur des origines controversées :
Une hypothèse péjorative : issue de l’expression duala « Ba boi na bwala », traduisible par une « fainéantise exécrable ». Une autre hypothèse d’alliance : issue d’une déformation du mot français « beaux », faisant référence à des relations de belle-famille entretenues avec les Duala.
Bonaléa : La terre de la famille de Léa
D’après les travaux anthropologiques, la commune de Bonaléa (prononcée Bunaléa en langue Bankon) constitue le centre névralgique de cette communauté. Toponymiquement, le terme signifie « famille de Léa » (Bona pour la descendance ou le clan, associé au prénom Léa).
Située dans le département du Moungo, cette terre a accueilli les Bankon à la fin du XIXᵉ siècle lorsqu’ils ont quitté Nguti pour traverser le fleuve Mungo. Autrefois rassemblés sous l’autorité d’un unique chef, ils ont été scindés par l’administration coloniale allemande en deux cantons distincts en 1893, à la suite de la grande révolte de 1891 (ainsi que le rappelle le Club Journal – Centre Éducatif Bastos).
Aujourd’hui, l’organisation territoriale du peuple Bankon s’articule en deux sous-ensembles : Abo-Nord (Bankon) : constitué de 17 villages répartis en 4 regroupements (Bangseng-Mpobo, Bessoungkang, Mandouka et Mangamba). Abo-Sud : composé de 6 regroupements (Miang, Koki, Bwapaki, Mbonjo, Kake et Souza).
Lea Mbassi, figure emblématique de la révolte
Le dernier grand chef à avoir régné sur un peuple uni fut Lea Mbassi (surnommé Loa), portant le titre traditionnel de Nukesi (le lion). Souverain protecteur, il s’est opposé avec fermeté à la déforestation et à la spoliation foncière orchestrées par les colons.
En février 1891, la population de Miang (Abo-Sud) s’est soulevée contre Heinrich Leist en bloquant la navigation du gouverneur allemand sur la rivière Abo. Cet acte déclencheur transforma les villages de Miang et Bonakwassi en véritables places fortes. Face aux navires de guerre allemands Habicht et Soden, la résistance infligea un coup dur à l’occupant : le 5 novembre 1891, le capitaine Karl von Gravenreuth fut tué lors de l’attaque du village de Duka. La réaction coloniale fut d’une extrême violence, entraînant destructions massives de villages et exécutions par pendaison.
Culture, artisanat et traditions culinaires
Historiquement, les Bankon se sont fait connaître par leur maîtrise de la métallurgie, leur artisanat utilitaire et le commerce des produits du palmier.
Leur gastronomie s’inscrit pleinement dans les traditions Sawa et les ressources de la forêt littorale : Le Kok (ou Kouk) : plat emblématique de la communauté, préparé à base de noix de palme. Le Koki : gâteau de haricots blancs cuisiné à l’huile de palme rouge (maigà) et relevé au piment. Le manioc : consommé sous diverses formes dérivées.
Les boissons : le vin de palme (mao ma malende) accompagne traditionnellement ces mets, aux côtés du fɔ́fɔ́ (ou ondotol), la boisson de prédilection.
Olivier Charly : 691347589


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