« Bissima », danse initiatique et mystique du peuple Bakoko
La sacralité de certaines danses et mouvements folkloriques s’entend sur la patrimonialité et la dénomination même de celles-ci. C’est le cas notamment des BISSIMA ou BESSIMA, cette danse mystique et initiatique qui constitue l’identité culturelle des peuples Bakoko dans le Moungo.
« BISSIMA », pluriel du mot « ESSIMA », est la dénomination du totem des Bakoko- Moungo renvoyant à un élément totémique (fée africaine) très proche de la sirène (Jengu). Mais contrairement à la sirène, l’essima est un être humain très poilu avec des pieds légèrement retournés de l’intérieur.
Il vit dans la forêt et va se nourrir des produits de la mer. Ce qui fait des Bakoko- Moungo, un peuple de la forêt et l’eau. Comme toute divinité, l’« ESSIMA » est ancré en chaque fils et fille Bakoko Moungo et c’est tous réunis, qui forment les « BISSIMA ».
La première rencontre avec la danse Bissima par ce peuple.
L’histoire transmise oralement renseigne que c’est un descendant de « NGWÈ », ancêtre des Yangwè, une famille du village Yamikok dans le canton Bakoko Moungo qui avait fait la connaissance d’un fils Ndonga du surnom de ATARA qui veut dire frère en langue Bassa dans un campement de pêche. De cette rencontre nait une amitié qui deviendra si instance.
Après leur séjour harmonieux passé à la pêcherie, les deux amis rentrèrent ensemble à la terre du canton Bakoko Moungo. C’est ainsi qu’un soir, ils voulurent célébrer cette fructueuse rencontre au travers de quelques pas de danse. Et c’est en effet, sous le son des Tam-tams que furent esquissés les premiers pas de la danse BISSIMA.
Les mutations de la danse Bissima
Cette danse initiatique et mystique qui deviendra désormais l’identité propre des Bakoko Moungo subit des améliorations au fil du temps avec la mise en son d’un gros, un moyen et un petit Tam-tam. Respectivement, le petit Tam-tam joue le rôle du charleston, le moyen, celui de rythmeur aigu de la cadence et le gros quant à lui joue celui d’un rythmer également mais contre Bass. Et la symphonie produite par ceux-ci, n’est perceptible, audible et compréhensible que par les initiés à cette danse. Néanmoins, tous les autres fils et filles peuvent danser à la cadence et au rythme des BISSIMA.
Bissima, la communion et la communication avec le monde invisible
Le moment de danse commence par une communication avec les ancêtres du monde invisible. Le but étant de les mettre en symbiose avec les vivants. Ceci se fait par l’entremise du gros Tam-tam. Une fois la communication terminée, le petit tam-tam engage sa résonnance, puis, est aussitôt rejoint par le moyen et les deux produisent l’essentiel du son. La musique du gros Tam-tam quant à elle, vient arrondir séquentiellement la tonalité.
Le groupe est constitué des des danseurs oint en noir, habillés de sortes de jupes en paille aux hanches, des clochettes aux jambes parmi lesquels l’on retrouve le idom’asima (le mari ESSIMA), de trois percussionnistes, d’une Nga’ssima (la femme ESSIMA dont le rôle est matrimoniale, d’un Midongo chargé de la composition du Pindi, l’huile, d’un Esang a’sima (le père ESSIMA) et d’un président
Une danse mystique
Répondant alors à l’appel des sonorités émises, les danseurs au départ isolés, font leur sortie au vus du grand public. Après un instant d’inspection des lieux pour la protection, s’en suivent deux arrêts de Tam-tams, avec une mise en conditions de ceux-ci. Et en ce moment la performance est engagée.
La danse « BISSIMA » est donc un ensemble de mouvements des pieds, des hanches et des épaules synchronisés par la musique. Ce qui la rend mystique, est nettement cette huile des danseurs qui, d’un noir d’ébène est composée de deux dimensions. Une dimension d’huile pour les cérémonies de tradition simple (les deuils, les dotes et les fêtes d’état) et une pour les cérémonies de tradition profonde (les deuils de patriarches, des notables, des chefs et la fête cantonale).
Le mystère de la danse Bissima
Les éléments qui entrent dans sa composition conformément à la cérémonie, ne sont connus que par les initiés à la danse. Et ne doivent en aucun cas être dévoilés. Cette huile a plusieurs vertus. Par ailleurs l’alternance des températures fait que les danseurs ont froid à la brillance du soleil et chaud lorsque la fraicheur bat le plein. Celle-ci est également thérapeutique et protectrice.
Une danse prise de transe
Au-delà de l’aspect folklorique, la danse BISSIMA des Bakoko Moungo a une autre dimension, celle de la transe. Nous en reparlerons dans nos prochaines éditions. C’est donc une fierté pour tout Bakoko Moungo de danser le BISSIMA.
Et il n’est pas vain de rappeler aux sorties que, c’est de cette danse que leurs Majestés Chefs des villages du canton Bakoko Moungo se sont inspirés pour baptiser le Festival ESSIMA, cette fête mystique, initiatique, socioculturelle et sportive du canton Bakoko Moungo.
Avec la participation de : Jean Daniel MBAPPE NTONE, Ex danseur BISSIMA au rang de Idom’a Essima .
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